Des millions de personnes hurlent dans la nuit comme jamais.
Cette joie là est la pire.
Sais-tu encore pourquoi tu descends dans la rue, mon frère?
Pour qui?
Savons nous encore ce qui est hors le stade?
Sans doute l’avenir de l’humanité est-il le football.
Georges Vigarello : “Tout d’un coup, une explosion positive”
LE MONDE 03.07.06
Spécialiste des représentations du corps, l’historien Georges Vigarello analyse la ferveur générée par les succès des Bleus.
Des centaines de milliers de personnes ont fêté dans la rue la victoire de l’équipe de France face au Brésil. Comment expliquer ce phénomène ?
La première explication est purement sportive : le football provoque une excitation très particulière. Il s’agit d’un sport extraordinairement géométrique et immédiatement perceptible en termes de combat. Comme au rugby, le dispositif “militaire”, si je puis dire, y est très visible. On voit se déployer des ensembles collectifs, des stratégies… Le spectateur est saisi par ce spectacle d’équipe, mais aussi par le spectacle des individualités.
A ce titre, la télévision est un outil étonnant. Sur le but français de samedi, on distingue parfaitement une image d’ensemble – le centre de Zidane – et une image individuelle – l’acrobatie remarquable d’Henry. Comme le cyclisme, le football est à la fois un sport d’équipe et un sport individuel, ce qui le rend très séducteur. J’ajouterai que cette discipline qui interdit l’usage de la main génère de la tension chez le spectateur. On est dans l’ordre du retenu et de l’explosif. Tous ces ingrédients expliquent pourquoi on a besoin de faire la fête après un match.
Y a-t-il une spécificité française dans ces manifestations de joie ?
Tous les sports, mais surtout le football, provoquent un phénomène d’identification. La France n’y échappe pas. Il faut voir dans la ferveur actuelle une forme de revanche par rapport à la situation du pays aujourd’hui. La France a actuellement le sentiment – à tort ou à raison – d’être en stand-by. L’affaire Clearstream, le retour du Clemenceau, le non au référendum, le côté obscur de l’élection présidentielle de 2007, l’impression que rien ne se dessine pour demain… Il y a incontestablement un “phénomène français”. Phénomène auquel l’équipe de France n’a d’ailleurs pas échappé elle-même. Les Bleus ont été champions du monde, puis d’Europe, avant de se mettre à décliner et tout perdre. Ils arrivent au Mondial 2006 et poursuivent sur leur lancée, avec des nuls peu convaincants contre la Suisse et la Corée. Et puis, brusquement, cette équipe montre une subtilité, une énergie, de la force collective, de la virtuosité. On a l’impression qu’elle transcende tout : les déclinologues, la crise des banlieues, les centristes…
N’est-ce pas la spontanéité de cette ferveur qui est le plus surprenant ?
Si. Il y a actuellement une perte de la ferveur collective. On est dans une société individualiste où les gens regardent leur télé, ne sortent que par petits groupes ou par tribus… Les occasions de se fondre dans la masse sont peu nombreuses. La ferveur religieuse est éloignée, les grandes rencontres convergentes du 1er Mai ont disparu… Les seules grandes ferveurs qui existent sont des marches de victimes, comme celles qui sont organisées après des agressions d’enfants. Tout d’un coup, le Mondial offre une sorte d’explosion positive.
Que vaut cependant ce phénomène d’identification ?
Toute la question est là. Nous sommes également dans une société de l’éphémère, où les idées changent rapidement… Souvenons de 1998 et de la France “black-blanc-beur”. Beaucoup pensaient que nous allions entrer dans une ère nouvelle, qu’on reconnaîtrait enfin les gens différents… On a vu le résultat. Il ne faut donc pas s’illusionner. Je ne crois pas que l’émotion qui se dégage des phénomènes de grandes rencontres soit très profonde. Le Mondial terminé, on reviendra sans doute dans le gris, dans le banal.
Faut-il voir dans cette ferveur un contrepoint à la crise des banlieues ?
Il est certain que cette équipe de France est d’autant plus plaisante qu’elle est multiculturelle. Pour les gamins de banlieues, c’est encore plus extraordinaire de voir que leurs représentants sont sur le terrain. Des images télévisées en ont montré certains brandir le drapeau bleu-blanc-rouge, samedi soir. On a en effet le sentiment que la crise des banlieues est oubliée. Mais il serait imprudent de tirer des conclusions définitives. Nous avons là un phénomène fragile, éphémère. Quant au sport, s’il peut contribuer au multiculturalisme, il n’est pas le remède à tout. Le partage des valeurs passe d’abord par l’école, par le langage, par la mémoire.
Que retenir alors de cette ferveur ? Son caractère hédoniste. Nous vivons dans un monde où le plaisir consiste à faire la fête. L’aspect moral du sport, que soutenaient les grands-pères fondateurs du sport comme Pierre de Coubertin, est mis au second plan au bénéfice de l’”être ensemble”. Les gens veulent prendre du plaisir. Ils savent également qu’ils seront vus, raison pour laquelle ils se griment et s’habillent aux couleurs de l’équipe de France. L’homme de la fête devient homme de spectacle. On est dans un phénomène de regardant-regardé, largement alimenté par la télévision.
avez vous vu kelkun déscendre contre la dernier lois sarko des charter pour scolarisé sans papier alors l’évenement cache surtout là veinement