Matériau intellectuel dans le cadre d’une réfléxion post-expérimentale

August 1st, 2006 Comments Off

Reflexions sur le peintre et son époque

Académie
“La peinture académique n’a rien de commun avec la vision personnelle du monde que l’artiste porte en lui, qui seule peut donner naissance à de la bonne peinture. Les anecdotes ne sont même pas intéressantes ; leur sentimentalité romantique est aussi fausse et conventionnelle que la sentimentalité réaliste de la grande production cinématographique. Car exactement comme nos productions de films croient que la vie bourgeoise, une fois magnifiée par la caméra, devient automatiquement passionnante, ces peintres étaient convaincus qu’une anecdote, même idiote, pouvait en devenant tableau accéder au royaume de l’art.”

Thème
“Dans les cercles académiques d’aujourd’hui, il n’est pas de bon ton de parler de sujet en peinture. L’opinion la plus péjorative que l’on puisse exprimer sur un tableau est de le traiter d’illustration. Il n’empêche que personne, absolument personne, ne se souciera jamais d’une oeuvre dont le thème le laisse indifférent, quelle que soit la qualité de son exécution. Le peintre peut ne s’intéresser qu’à la technique de son oeuvre, mais l’acheteur s’intéresse à ce que le tableau exprime. Par conséquent, le thème pictural reflète presque toujours les préoccupations intellectuelles et spirituelles de l’époque où le peintre à vécu.”

Art conventionnel
“Quand aux peintres, pour la plupart, ils sont trop prudents pour rompre ouvertement avec l’art moderne officiel. Toute défection à la cause de l’art moderne mettrait le peintre dans une situation fausse : il aurait l’air de défendre la peinture officielle du passé qu’il méprise le plus, y compris la peinture anecdotique dont l’impressionnisme nous a sauvés. L’art moderne n’a plus besoin de cette soumission. Sa cause est gagnée. Ce qui doit être défendu, c’est le droit du peintre de s’écarter de toute peinture officielle. et l’art moderne est devenu la peinture officielle d’aujourd’hui.”

Style, destination intime du tableau
“Cette existence indépendante est ce qui constitue le style, et “style” signifie ici pouvoir de communication. C’est la persistance de cette vie autonome qui maintient les tableaux aux murs des musées et leur epargne d’être mis à la réserve, c’est la prommesse de cette vie autonome qui a incité le premier amateur à emporte un tableau hors de l’atelier de l’artiste. Le seul fait que quelqu’un ait envie d’acheter un tableau prouve que ce tableau peut vivre dans d’autres esprits que dans celui du peintre… La vente a donc une énorme importance pour le peintre. C’est pour lui une opération parfois plus difficile que la peinture elle-même… Aucun peintre depuis le 16ème siècle n’a jamais recherché l’audience d’une collectivité. Le sentiment eprouvé devant un tableau n’est pas plus intense lorsqu’on le contemple en commun, comme c’est le cas par contre pour le théatre, le cinéma et les concerts. Au contraire, un tableau ne parle qu’à un homme à la fois. A peine deux amateurs se trouvent-ils réunis devant une toile, que déjà ils se gênent mutuellement.

Prodution, exposition
“Les grandes réussites professionelles du début du siècle -entre autres celles de Braque, de Picasso, de Matisse et de certains surréalistes- doivent beaucoup à la mise en oeuvre des moyens publicitaires les plus modernes, qui racourcissent le délai séparant la production de la vente. Cette production était centralisée à Paris ; la distribution et la vente étaint aux mains d’un petit nombre de personnes : marchands mais aussi poètes et écrivains qui influençaient les milieux intellectuels, considéré comme le seul marché possible pour la peinture d’avant-garde. L’opération fut un beau succès : à peine leur poulains s’étaient mis à peindre que leur réputation était faite dans le monde entier.”

Talent, esprit
“Il n’est pas possible à l’amateur d’acquérir un style personnel, parce qu’il n’a pas le loisir de se livrer à l’exploration systématique et laborieuse du monde extérieur, à laquelle le professionnel consacre toutes ses forces pendant sa vie entière. L’amateur pourra être un homme de talent, mais la peinture véritable ne repose pas sur le talent. Elle est l’expression d’idées visuelles , “una cosa mentale” disait Léonard de Vinci, une chose de l’esprit. Tout le monde peut avoir du talent, mais le talent n’est que l’huile qui aide la roue à tourner. Si le peintre sait où il va, il peut fort bien voyager sur des essieux grinçants.”

Aujourd’hui
“Aujourd’hui, ne représenter qu’une facette de la vie, n’exprimer qu’un ordre d’idées, cela ne suffit plus à retenir l’attention. Une oeuvre doit pouvoir signifier deux ou trois choses à la fois. Grâce à ces significations complémentaires, elle acquiert pour nous la profondeur, l’épaisseur, l’incertitude et l’ambiguité que nous reconnaissons dans toute existence vraie. C’est la multiplicité des significations qui rend intéressants à nos yeux un opéra de Mozart aussi bien qu’un personnage de Proust…
…Mais l’image ambigüe de l’art moderne n’est rien de tout cela. Elle n’est ni une cryptographie ni une allégorie. Elle ne cherche pas à voiler une signification au moyen d’une autre. Tout ses aspects ont une égale importance. Elle manque son but si elle devient simple jeu ou décoration. Elle est tellement caractéristique de notre époque que le peintre contemporain ne peut guère travailler sans y avoir recours…
…Telles sont les trois caractéristiques de la peinture contemporaine : surface égalisée, improvisation et multiplicité des significations. Ce sont les outils de notre art. Ils diffèrent peu de ceux de l’art moderne des prémières années du siècle. Mais le sujet a changé. Il n’est pas nouveau : les peintres de jadis en ont usé souvent. Le thème de notre art n’est plus l’art, la science, la poésie, Dieu ou l’humanité en tant que groupe. Il est l’homme individuel, et le monde particulier habité par chacun. Bref, le grand style.”
Maurice Grosser, L’oeil du peintre

Voilà donc quelques reflexions apportées par un peintre sur la peinture actuelle. Si elles s’attachent à la situation du peintre individuel, elles nous indiquent aussi les questions que nous devons prendre en compte si nous travaillons à plusieurs, en peinture mais aussi dans des oeuvres plastiques mixtes. Dresser un état des choses, comme nous l’avons amorcé dans nos discussions, est une étape majeure qui saura nous guider lors de nos réalisations : prendre position, déterminer ce qu’il nous importe d’exprimer. La question du style est prépondérante. Comme nous l’avons vu, qu’est-ce qu’un style collectif si ce n’est un état d’esprit, une idée. Personnellement ce qui m’intéresse le plus est la mise en commun des savoir-faire, non pour les égaliser mais au contraire pour les maîtriser, les comprendre, être à même de les utiliser au service d’une idée. Créer du mouvement interne. La question du style est prépondérante, au sens ou c’est par lui qu’une personne lambda entre en contact avec une vision singulière du monde. Cette entreprise ne doit pas nous étouffer dans notre recherche personnelle de style, au contraire. Elle est un laboratoire. Le premier groupe constituant est donc un groupe d’idée, à l’intérieur duquel interviennent des combinatoires de style. Ou des combats de style, mais toujours fédérés par le fait que nous travaillons autour d’une idée. L’effacement du style auquel nous accédons dans le Projet Gougueule serait plutôt le résultat d’un premier pas vers l’idée, notre idée constituante.
A
Bien vu, bien dit, cela fait-il de nous des graphistes? M

Si tu penses à “Un but, des moyens de l’atteindre”, bien sûr que nous sommes des graphistes, mais comme j’ai oublié de le dire à Gabriel cette phrase caractérise autant le graphisme que la marche à pied, pour ne pas dire toute action humaine. But : le haut de cette grande montagne, moyen : tes pieds.
Je pense que ce que voulait dire Gabriel, c’est plutôt que le graphisme ne saurait s’écarter de cette idée. En deux mots, par fidélité absolue à cette idée, le graphisme est servile. Il s’attache à répondre à des idées -qui ne sont pas nécessairement les siennes, pour des sommes -pas nécessairement négligeables. La chose qui nous sépare du graphisme c’est que nous sommes à la fois les commanditaires, ceux qui disposent des moyens et ceux qui exécutent le travail, et tout ça pour pas un rond. Remarquable.
Personne ne t’a demandé de faire un 4×3 pour vanter les mérites de Coca-Cola. Mais tu le fais quand même. Ben alors ça ?! Imagines que chacun se mette à faire de la publicité spontanée !
Encore une fois j’ai une pensée pour Filliou, les gens comme lui, des esprits. C’est là que nous sommes dès que nous sortons des rentiers battus.

Et quelque chose qui peut nous servir dans cette fameuse idée de Robert, du “génie sans talent”, c’est que l’on avance plus en art en s’interressant à la vie elle-même, en vivant, qu’en sachant faire.
(Cet exemple me fait penser que l’on formule les choses à notre image : Filliou n’avait aucun talent manuel, c’est ainsi qu’il a du exprimer cette idée : que le talent est une entrave dans l’accession au génial. C’est une idée de vie, de façon de vivre avant que de façon de faire. Prenons l’inverse, Picasso, qui avait tout le talent qu’il fallait pour faire, eh bien c’est quelque chose qu’il portait malgré tout comme un poids, de ne pas devoir être que cela, mais autre chose, du génie : “j’ai passé toute ma vie a essayer de dessiner comme un enfant”, j’ai passé toute ma vie à essayer de ne pas savoir dessiner.
Bien employé, le succès fait s’envoler les plus gros poids…)
A

C’est une étape intéressante! Le fait de conserver et d’additionner les styles de chacun est nécessaire et inévitable, ce n’est pas quelquechose à cacher, cela peut être adouci et inévitablement brouillé par la participation collective mais ce qui fait la personnalité d’un artiste c’est son style, la répétition d’une manière de faire, ce qui donne l’unité de l’oeuvre. Le partage de la toile permet de dépasser son style sans l’annihiler. On le voit dans les oeuvres réalisées la semaine dernière, certaines sont empruntes de Charles, d’autres d’Adrien, etc… C’est une salade! les ingrédients se mélangent se composent, sans perdre leur propre saveur.

quite à filer la métaphore culinaire, je parlerais plutôt de ratatouille, ou de fuzitu, prononcer fouzitou, ou l’art de faire reluire les fonds de tiroirs. M


Je propose une petite réunion le plus tôt possible, à vous de donner vos disponibilités…

gaetan

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